Mon histoire
Je suis née « sauveuse ». Enfant tardive et unique née d’un couple abîmé par la vie, chargé de deuils précoces non acceptés, d’épreuves, de privations, et qui avait connu les guerres et leurs traumatismes.
Investie dès ma naissance « inespérée » d’une mission consolatrice et réparatrice, j’ai immédiatement senti peser sur moi cette responsabilité et cette injonction : « je dois leur apporter le bonheur qu’ils n’ont pas eu, ils ont été si malheureux ».
C’était pour moi totalement normal, ma raison d’être, aussi naturel que boire et manger, même si la tâche était atrocement lourde.
Arrivée à l’âge des relations amoureuses, j’ai tout naturellement continué sur cette lancée. Première union avec un homme sous l’emprise de drogues. Sa propre mère m’avait dit « te rencontrer l’a sauvé », sauf que c’est moi qui ai dû me sauver de sa violence. Deuxième union, où l’addiction à l’alcool s’est rapidement installée. J’ai voulu identifier ses démons, je n’ai pas pu bien sûr. J’ai continué, obstinée, à me poser en sauveuse de relations extrêmement dysfonctionnelles entre mon nouveau partenaire et ses parents. Echec total à nouveau.
Ma prise de conscience
Des années après, une amie psychologue m’a dessiné le triangle de Karpman. Elle m’a dit tu es là. Sors du triangle. Ça a été une révélation. Une prise de conscience fulgurante du rôle que j’avais tenu jusqu’à ce jour et qui ne devenait plus obligatoire. Je me rendais compte que j’avais la possibilité d’agir autrement sans pour autant moins aimer l’autre, Finie l’injonction !
Cette révélation a été malheureusement confirmée par de dramatiques événements me prouvant que l’on ne parvient jamais à sauver l’autre s’il n’est pas prêt à affronter sa propre histoire.
Ma libération
Alors j’ai commencé à refuser d’entrer dans les conflits et le mal-être de l’autre. Si douloureux fussent-ils, ils n’étaient pas les miens, et à y réfléchir me précédaient bien souvent. Je ne me sentais plus responsable de leur bonheur au prix de mon propre équilibre. Quelle libération ! Quel poids en moins sur les épaules ! Ne plus se sentir coupable ! Je retrouvais mon axe en remettant à chacun la responsabilité de sa vie, en lui redonnant son histoire et la liberté de la vivre comme il le peut.
Pour moi aujourd’hui, aimer sans sauver l’autre c’est aussi me respecter, m’accepter et me reconnaitre. Parce que j’ai compris aussi que vouloir sauver l’autre à tout prix c’est bien souvent dépasser ses propres limites.

Image extraite de Wikipédia
By I.L pour Amasa-Coaching©