L’enfance sous condition d’amour
« Si tu n’es pas sage, je ne t’aimerai plus. » Cette phrase a le mérite d’être d’une totale clarté. Sauf q’un enfant de 4 à 8 ans la prend pour une vérité absolue. C’est ainsi que je l’ai entendue et crue. Je ne pouvais pas savoir qu’il s’agissait de chantage affectif.
Le principe de base de mon éducation était celui-ci : si tu… tu me rendras malade, si tu…je te laisserai à l’orphelinat. Un enfant croit ses parents, et est prêt à tout accepter pour obtenir ou conserver leur amour. Dans ma petite tête, le fait d’être aimée ou pas par eux dépendait uniquement de mon attitude, je vivais plus ou moins toujours avec la boule au ventre, dans la peur de mal faire, de ne pas être suffisamment ceci ou cela. J’avais à la fois peur qu’ils ne m’aiment plus et je me sentais coupable de leur faire de la peine ou pire si je n’obéissais pas.
Le sentiment d’insécurité affective était permanent, j’ai grandi comme ça. Le message sous-jacent était : Nous t’aimons plus que tout, à condition que tu fasses ce que nous voulons.
Mettre un mot sur ce qui enferme
Lorsque j’ai passé le bac j’ai voulu partir faire des études loin de la ville dans laquelle nous vivions. Mon père, âgé, était tombé malade 2 ans plus tôt. Ma mère m’a alors dit : « Si tu pars tu vas faire mourir ton père ». J’ai été mal, très mal, je me sentais tellement coupable, tellement mauvaise fille, mais je sentais viscéralement que si je cédais, je ne m’en sortirais pas. Et puis j’étais paniquée à l’idée de perdre totalement l’amour de ma mère.
Je comprenais pourtant que ce que je vivais n’était pas normal, qu’un tel choix ne peut pas être imposé à un adolescent. J’ai posé le mot chantage aidée par une amie plus âgée que moi qui m’aidait à prendre du recul.
Alors j’ai couru le risque. J’ai osé, je suis partie quand même (mon père est décédé 13 ans après). Terrifiée. J’ai accepté de prendre le risque de ne plus être aimée à tout prix, en l’occurrence au prix du sacrifice de mon futur.
Se libérer de l’emprise et se choisir
Bien sûr, la peur de perdre l’autre dans mes relations amoureuses a été très présente, mais je repérais immédiatement l’abus du chantage affectif et je ne m’y soumettais pas.
Je parvenais à me libérer de l’emprise et je prenais la liberté de dire non, là ça va trop loin, mon intégrité est atteinte. Et surtout je détectais très vite que ce chantage commençait toujours par une culpabilisation. Il n’avait de prise que si elle fonctionnait. Par exemple une femme battue, du point de vue du conjoint violent, l’est toujours parce qu’elle l’a mérité, c’est elle qui induit le comportement violent. Culpabilisation, donc emprise, mais si je m’en fiche d’être aimée comme ça, si je vois que c’est tout sauf de l’amour cet abus de pouvoir, alors je m’en libère.
Le chantage affectif est une violence qui m’est faite, même si elle n’en prend pas le nom. Et si l’autre ne me respecte pas, moi maintenant je me respecte, et ça c’est ma colonne vertébrale.
By I.L pour Amasa-Coaching®